• Comment utiliser les jeux de la classe ?

    Depuis plusieurs années, le jeu à l’école maternelle a une place dominante dans les programmes. Au fil des ans, j’ai donc été amenée à modifier leur utilisation dans ma classe. Au début de ma pratique, je les utilisais souvent à l’accueil, en manipulation libre. Mais depuis quelques années, je les ai intégrés comme ressources pédagogiques à part entière.

    Tout d’abord, de quels jeux parlons-nous ?

    Comment utiliser les caisses de jeux que l’on a en classe ?

    Les jeux dont je vais vous parler aujourd’hui sont les jeux que nous avons toutes dans nos classes, souvent en vrac dans des caisses : jeux de construction comme les légos, kaplas, duplos, polydrons, lokons, meccano… et jeux de manipulation comme les mosaïques, les formes géométriques, le jeu du marteau…

    Ce sont des jeux qu’on propose souvent à l’accueil et on laisse les enfants jouer avec, en petit groupe. On peut observer que ce sont souvent les mêmes enfants qui investissent le matériel, parfois durant plusieurs semaines. Et que d'autres n'y touchent jamais...

    Maintenant que le JEU est identifié dans le programme comme un des 4 moyens d’apprendre (apprendre en jouant, apprendre en réfléchissant, apprendre en s’exerçant et apprendre en mémorisant), j’ai réfléchi à leur donner une place plus importante en intégrant des objectifs d’apprentissage pour tous les élèves.

     

    Première étape : préparer le matériel

    Cela passe souvent par des séances de tri car les éléments de plusieurs jeux peuvent être mélangés : cubes en plastique durs qui ne s’accrochent pas avec ceux en plastique mou, éléments de plusieurs meccanos de tailles incompatibles… Pour s’y retrouver, il faut souvent s’associer avec les collègues ! Cela est moins fastidieux et permet aussi de découvrir des possibles : une caisse de grosses perles mélangées redevient deux jeux complets d’abaques qui avaient été dispersés au fil du temps (un avec des jetons en plastique, un autre avec des jetons en bois…), on retrouve les fiches modèles au fond d’une armoire… Il faut aussi parfois acheter des réassortiments, en particulier pour tous les jeux de mosaïque…

    L’idéal est d’arriver à établir dans l’école un inventaire de tous les jeux en sachant dans quelle classe ils se trouvent et de se les prêter d’une période à l’autre. Le but est d’avoir du matériel en quantité suffisante pour un groupe de 6 élèves. Quand il y a vraiment trop peu d’éléments, on convertit le matériel en plateau pour des activités individuelles d’inspiration Montessori.

     

    Seconde étape : programmer l’utilisation des jeux par période

    Avoir un jeu en classe pendant un temps de 6-7 semaines va conduire à l’utiliser différemment aussi bien du point de l’élève que de celui de l’enseignant.

    Du point de vue de l’élève : les enfants sont heureux d’avoir à chaque retour de vacances un « nouveau jeu » à découvrir. Cela redynamise la classe.  En 1 année de classe, l’enfant de 4-5 ans va vivre à l'école l’équivalent  de 20% de sa vie. Il est essentiel que le matériel de la classe évolue tout au long de l’année ! En laissant un jeu « majeur » à disposition pendant au moins une période, on va laisser le temps à chaque enfant de découvrir le jeu et de se l’approprier.

    Du point de vue de l’enseignant : cela va lui permettre de réfléchir à une progression d’apprentissage et donc d’utiliser aussi le matériel de jeux dans le cadre d’activités dirigées d’apprentissage.

    Du point de vue de l’école : si on se « passe » le matériel de classe en classe, tout le monde a la même dotation, il n’y a plus une classe mieux équipée qu’une autre… Et on augmente l’équité entre les élèves !

     

    Un jeu majeur par période

    Je choisis d’explorer un jeu « majeur » par période. En période 4, les élèves ont comme matériel le meccano. La période précédente, ils avaient les polydrons.Le méccano

    Les polydrons

     Quand utilise-t-on le matériel de jeu dans ma classe ?

    Toujours à l’accueil du matin…

    Le nombre d’enfants qui vient jouer est libre. Je suis parfois obligée de le limiter à 4-5 enfants, mais en général les enfants se répartissent bien. Quand le matériel est disponible pour la 1ére fois, ce sont ceux qui sont les plus curieux et les plus sûrs d’eux qui vont directement venir découvrir ce nouveau matériel. C’est aussi parce que j’avais observé que certains élèves n’allaient jamais vers les jeux de construction que j’ai voulu modifier ma pratique. Souvent, à l’accueil, les jeux mis à la disposition sont monopolisés par les mêmes élèves.

    C’est de ce constat que j’ai décidé d’utiliser systématiquement le matériel de jeux dans le cadre d’ateliers dirigés.

    …Mais aussi dans le cadre d’ateliers dirigés

    L’atelier dirigé prend sa place dans un moment de la matinée, bien repéré par les élèves. Il peut être en autonomie (les élèves sont seuls avec le matériel) ou en présence d’un adulte, enseignant ou ATSEM. Il peut y avoir une consigne ou pas. Donc, pour moi, l’atelier est dirigé dans le sens où j’affecte, pour un moment donné, les élèves à cet atelier. Et je fais en sorte que tous les élèves de la classe aient participé à l’atelier sur une même semaine.

    Pour en savoir plus sur les différents types d'ateliers dans ma classe : http://debuteralamaternelle.eklablog.com/le-fonctionnement-de-la-classe-a132342106

    Et à d’autres moments de la journée pour avoir le temps d’explorer et de réinvestir

    Le côté directif de l’atelier dirigé est contrebalancé par le fait que le matériel reste à la disposition libre des élèves à d’autres moments de la journée : accueil du matin comme nous l’avons vu mais aussi temps de jeux libres dans l’après-midi. C’est ce qui va permettre aux élèves de réinvestir ce qu’ils ont fait et de progresser.

    « Chaque enseignant détermine une organisation du temps adaptée à l’âge des élèves et veille à l’alternance de moments + ou – exigeants au plan de l’implication corporelle et cognitive » (Programme de l’école maternelle, page 2)

    Construire une séquence

    Chaque semaine, une nouvelle séance est proposée aux élèves dans le cadre de l’atelier dirigé avec de nouveaux objectifs. Il y a une progression.

    Les premières séances sont toujours des séances de découverte et de manipulation libre. Nos élèves sont petits et ils sont encore dans le sensori-moteur : ils ont besoin d’éprouver les choses, d’agir sur les objets pour voir ce qui se passe. On ne peut pas d’emblée leur imposer des modèles : ils ont besoin de s’approprier tactilement le matériel et d’exercer leur pouvoir ou leur « pour voir » sur les objets. Ils ont besoin de toucher, manipuler, expérimenter, et ils ne s’en lassent pas. Mais notre rôle est aussi de les aider à aller plus loin et à dépasser ce stade.

    L’émergeance d’une performance, d’un exploit 

    Pendant ces séances d’exploration libre, je vais observer les réalisations ou les enfants vont venir me montrer leur « performance » : leur performance, c’est ce qu’ils ont réussi à faire, leur exploit. Cet exploit est mis en valeur : il est soit présenté au groupe lors d’un regroupement, soit pris en photo. Le fait de le prendre en photo valorise l’enfant et va aussi permettre de construire une base de modèles que les autres élèves vont pouvoir reproduire.

    C’est le rôle du maître de voir et de faire observer ces performances.  Il aide les autres élèves à prendre conscience de ce qui a été réalisé et cela va lui permettre de proposer une nouvelle séance, mais cette fois-ci avec une consigne.

    Dans une classe il y a toujours des enfants qui sont des « locomotives ». Je vais m’appuyer sur leurs réalisations pour amener les autres enfants au même niveau de compétence.

     Attention, tout n’est pas « remarquable » et il faut savoir ne pas s’extasier sur chaque production pour conduire l’enfant à aller plus loin, à se dépasser.  

    Voici des repères pour construire une séquence :

    -                  Appropriation du matériel

    -                  Emergence d’une performance

    -                  En regroupement, valorisation, étayage des pairs

    -                  On recherche tous les possibles

    -                  Proposition d’une séance avec une consigne pour s’assurer que tous les élèves s’engagent dans la construction de la compétence

    -                  On note pour chacun les réussites et les difficultés.

    En conclusion, ce qui me permet important, c’est de s’inscrire dans une continuité pour passer d’une phase de découverte à des apprentissages plus formels et systématiques.

     Séquence : découverte d'un nouveau jeu, les LOKONS

     

     

     

    L’esprit du nouveau programme 2015 : garantir la réussite de tous les élèves

    Dans les nouveaux programmes, « la réussite de tous les élèves », avec l’obligation de réduire les inégalités entre les élèves et d’éviter de creuser les écarts, est essentielle. On a tous et toutes dans nos classes des élèves qui ont des niveaux et des compétences très différents. On observe que certains jeux sont phagocytés par certains et que d’autres élèves n’y accèdent pas. Leur utilisation systématique dans le cadre d’ateliers dirigés permet à tous les enfants de s’y exercer et de progresser.

     


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  • Commentaires

    1
    Lissa
    Lundi 16 Juillet à 12:32
    Merci pour cet article! Ça recadre bien les choses.
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